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"... les collecteurs d'impôts et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu" (Matthieu 21)
- vu avec mes lunettes -
Libres propos de Jean-Christophe MULLER
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Une conférence donnée le 18 septembre 2020 dans le cadre des Journées du Patrimoine
Patrimoine et éducation
La décision de la Ville de Bordeaux de dépenser autrement ce que coutait un ou quelques arbres de Noël dits traditionnels au coeur de la cité pendant les fêtes attire une volée de commentaires outrés !
Réfléchissons un peu !
Que Noël ait été une fête populaire quand toute la population (ou presque) était chrétienne, ça me paraît historique.
Que la fête Chrétienne de Noël soit un subterfuge inventé en 335 pour se substituer aux très populaires fêtes romaines du solstice d'hiver (le Soleil Invaincu), ça me paraît historique !
Qu'une société sécularisée continue à fêter Noël, ça me semble incohérent et relève d'une absence de créativité courageuse ou d'un lâche sentiment qu'ainsi on garderait les traditions alors qu'elle ne transmettent plus rien !
Qu'un arbre en soit devenu un symbole incontesté sur l'ensemble du territoire m'apparaît comme un cas de fétichisme collectif aggravé si les collectivités publiques en sont arrivés au point de nourrir une telle addiction !
Oui, je parle d'addiction, puisque c'est par automatisme que sapin = Noël et qu'il apparaîtrait qu'il ne soit de Noël s'il n'y a de sapin !
Cette tradition du sapin vient des terres de culture germanique et n'était nullement attestée avant la fin du 19éme siècle sur le reste du territoire français !
Le sapin n'est pas, malgré les chants (assez abominables théologiquement au demeurant !) de Noël dont on m'a abreuvé avec le célèbre "Mon beau sapin", une antique tradition, et sa dimension scripturaire reste fortement douteuse, sauf à le confondre avec le cèdre du Liban. Dans les pays où poussaient essentiellement des feuillus, on se met au conifères qui poussent plus vite et permettent une exploitation forestière plus rentable.
Notons bien que c'est un événement particulier qui a apporté le sapin comme symbole dans l'ensemble de la France !
A la suite de la guerre Franco-prussienne de 1870-1871, un traité retranché du territoire national les départements d'Alsace et la Moselle ! Alors, peu à peu, en signe de solidarité avec ces compatriotes tombés sous le joug allemand, la nation a adopté en signe d'unité malgré le déchirement le sapin.
"Ils" nous avaient pris l'Alsace et la Lorraine, mais en célébrant le sapin, nous manifestions qu'en esprit, la Nation française restait Une !
Là, vous avez le droit de me demander ce qu'il reste de religieux !
Depuis, les départements retranchés sont revenus dans le giron de notre patrie enfin rassemblée (je vois toujours pas le lien avec Noël, ou alors ce serait un peu tortueux et peu convaincant !), même si nos frères séparés puis retrouvés ont des législations parfois différentes du reste du territoire et que la France croit qu'elle est une République laïque, alors qu'il n'en est rien ni sur le territoire métropolitain sans parler de certains DOM-TOM !
Consacrer une certaine somme d'argent à des actions associatives environnementales ou caritatives me paraît être une bonne approche positive de ce que la société sécularisée a reçu de feu la chrétienté ! En garder et transmettre ce qui fait l'humain, plutôt que l'apparat et le fétichisme des rituels.
Alors célébrons et saluons une décision municipale symbolique de la Ville de Bordeaux parce qu'elle ouvre du sens -ouvrir du sens est toujours un signe de liberté collective- et nous libère des automatismes et de nos clichés qui sont comme autant d'addictions privatrices de sens, et fournisseuses de "leurres" identitaires !
ce 13 septembre 2020, Jean-Christophe Muller
Dimanche 17 Juillet 201
Prédication au Grand Temple de Nîmes
par le pasteur Jean-Christophe Muller
textes lus : Genèse 18/1 à 10 et v.16 ; Luc 10/38-42
« Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux,
ne passe pas, je te prie,
sans t'arrêter chez moi, ton serviteur ! »
Genèse 18/3
LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ
ÉXILÉS L'ACCUEIL D'ABORD !
Trois hommes apparaissent au regard d'Abraham !
Trois hommes dont on ne sait rien, mais le voilà qui s'élance à leur rencontre pour les inviter en leur faisant les honneurs de celui qui accueille.
Ce faisant, Abraham évite deux écueils :
Que les trois hommes poursuivent leur route sans rien demander ni lui adresser la parole !
Peu probable dans ces temps anciens, ne serait-ce que pour l'eau. Mais de nos jours, hypothèse très réaliste, tant l'indifférence, la méfiance, la peur de l'échec mêlées pourraient rendre la rencontre ni désirée ni souhaitée.
Que les trois hommes se trouvent dans la situation de devoir solliciter eux-mêmes l'hospitalité !
Ca, c'est quelque chose dont l'actualité nous fait si souvent écho, au point que nous pourrions en arriver à en être fatigués, et ce faisant laisser s'émousser nos devoirs d'humanité.
En faisant l'invite, en s'élançant à leur rencontre, Abraham nous donne à voir ce qu'est un Juste. Plus que par la morale, ou le sens du devoir, il nous faut retenir un élan, celui d'un homme qui vit devant Dieu.
Il se trouve que le récit de ce moment d'accueil, de fête et de repos se poursuit dans le récit de la Genèse :
Il y a l'annonce qu'une promesse va se réaliser : Sara - contre toute évidence - va être enceinte ; elle aura un fils !
Annonce de la réalisation de la bénédiction au cœur de la chaîne humaine. Importance de cette bénédiction qui n'est pas que pour la descendance d'Abraham et de Sara, mais à travers celle-ci, bénédiction pour toutes les nations.
Abraham, homme de l'accueil, de la confiance, dans une disponibilité à la Parole qui l'a mis en marche, reçoit avec sa femme, ce qu'ils n'espéraient plus, ou ce qu'Abraham « espérait contre toute espérance ».
Puis, il y a cette annonce du projet de détruire Sodome et Gommhore, et la plaidoirie d'Abraham pour que les villes soient épargnées et non condamnées pour peu qu'il y ait dix Justes qui y vivent.
Au passage, je me permet de souligner combien, au milieu du chaos, la présence de Justes est signe qu'il y a un «avenir à espérer». Le témoignage des Justes, par leur présence et leur action bienveillantes, est bénédiction agie portée sur les territoires où ils vivent. On n'est pas Juste « pour soi ».
Pour beaucoup, le projet puis la mise en œuvre de cette destruction punitive et purificatrice serait signe d'une condamnation manifeste par Dieu de l'homosexualité masculine. Pour ma part, - mais je n'ai pas le temps de développer plus longuement ici - je crois qu'il n'en est rien.
M'apparaît évident que les cris qui sont montés contre ces villes rejoignent la plainte des humains de tous temps et de tous lieux contre l'esprit de corruption et de violence, contre le chaos que cela génère. Dans ce chaos et cette violence, il y a le refus de l'accueil de l'étranger, il y a la sempiternelle méfiance, et partant le désir de mettre la main sur lui, de prendre possession de ce qui n'est pas comme moi, et cette violence-là prend souvent la forme du viol !
Nous voilà donc dans le récit, avec deux annonces, une annonce de bénédiction dont la répercussion sera pour toutes les nations.
...et une annonce de malédiction, ce NON de Dieu porté sur toutes brutalités commises contre les enfants de la terre, frappés, meurtris, menacés à cause de leur différence, de leurs malheurs antérieurs, à cause de leur étrangeté. Violence qui se porte sur qui ne rentre pas dans les cases prédéterminées des bien pensances de chaque moment de l'histoire humaine.
Revenons à l'Accueil fait par Abraham aux trois hommes...
« Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux,
ne passe pas, je te prie,
sans t'arrêter chez moi, ton serviteur ! »
Il y a là une formule de politesse dans une forme d'intense dévotion, qui devait être initialement dans les récits initiaux une adresse plurielle («mes seigneurs»). Une politesse comme on ne saurait l'oser aujourd'hui. Une telle insistance nous semblerait être celle d'un fâcheux importun. Oui, il y a là une insistance pressante, celle de quelqu'un qui s'engage au travers des paroles qu'il formule. Abraham ne se contente pas d'accueillir, il va à la rencontre... Plus tard il prendra la peine de les accompagner, le temps d'un bout de chemin.
Mais voilà que le « rédacteur final », ou en tout cas une des dernières ré-écritures remanie et restructure le récit. La forme plurielle probable, « Mes Seigneurs », devient un singulier « Mon Seigneur » ou « Seigneur » tout court. Et ce passage au singulier vient soutenir une ambivalence dans le récit : qui Abraham accueille-t-il ? À qui s'adresse-t-il ? Qui lui parle ? Les trois hommes ou le Seigneur ?
Tout se passe comme si cette rencontre avec trois hommes était manifestation de la présence de Dieu, ce que le début du chapître nous laisse induire. Un sentiment nous parcourt et qui semble parcourir Abraham – intuitivement sans doute – que ces trois pélerins sont envoyés par Dieu, et même on soupçonne qu'il s'agit à travers eux du dialogue entre Abraham et Dieu.
Ce sentiment devient ceci qu'en accueillant les trois hommes, c'est Dieu lui-même qu'Abraham a accueilli. Ce Dieu qui porte sa bénédiction et sa promesse, sa malédiction et ses refus.
Ainsi, l'acte d'accueil de l'étranger, de celui qui se déplace, prend une signification nouvelle, un peu analogue à celle qu'on trouvera plus tard dans la bouche de Jésus de Nazareth, le Christ : « Ce que vous avez fait au plus petit, c'est à moi que vous l'avez fait ».
C'est ainsi, avec le regard renouvelé par la méditation de ce récit que je reçois la campagne lancée par notre Eglise et d'autres partenaires qui à l'occasion de notre fête nationale fait rythmer ensemble la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, et cette conviction qui engage et invite à être partagée : « Exilés, l'accueil d'abord ».
C'est le résultat d'une demande du Synode National de Nancy (dont je me souviens bien, en ayant été le modérateur), après avoir entendu notamment le témoignage d'une pasteur de l'Eglise Evangélique Vaudoise d'Italie. Elle a évoqué devant nous cette initiative oecuménique portée par la Fédération des Eglises Protestantes d'Italie, la Communauté de San Egidio (réputée pour ses engagements en faveur de la Paix dans le monde) et la Table Vaudoise, initiative « Couloirs humanitaires », soutenue par l'Union Européenne, et qui est quasiment le seul projet de cette nature actuellement.
Pour beaucoup d'entre nous, je le sais bien, pour beaucoup de nos concitoyens, pour beaucoup parmi nos autorités, il y a une peur, une crainte, celle d'être débordés. Cette peur d'être devant des ruptures qu'on ne saurait maîtriser... Bien sur, tout étranger ne se comporte pas forcément comme dans notre récit de la Genèse comme un envoyé de Dieu (pas plus que nos responsables, pas plus que nous mêmes).
Mais les craintes ne sont pas toujours source de sagesse ni inspirées par elle, et risquent de confondre (au sens réel de confusion) crainte devant les effets possibles avec ces sentiments d'indifférence au sort d'autrui, voire d'hostilité ouverte, encouragée quand on fait appel à ce qu'il y a de plus bas et de plus vil dans le refus de l'autre.
On se trouve devant ce qui est la vraie faute de Sodome et Gomorrhe, la brutalité à l'égard de celui qui vient, l'entretien des peurs et la culture de l'hostilité.
Alors il nous faut revenir à cette formule ambivalente du récit de Genèse 18, formule à double signification, qui dit tout autant accueil de l'autre dans son humanité, et accueil du Seigneur. On ne peut les assimiler, mais il ne saurait y avoir de dissociation :
« Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux,
ne passe pas, je te prie,
sans t'arrêter chez moi, ton serviteur ! »
Il nous faut laisser une disposition en nous à ce que fut l'élan du père Abraham, le Juste. Qui était lui même un étranger voyageur, qui avait pris le risque de quitter son pays pour suivre l'appel de Dieu, « sans savoir où il allait », sans calcul, sans évaluation des risques.. par confiance.
Que celui qui a des oreilles, qu'il entende !
Abraham, l'homme de la confiance et de l'espérance, n'est-il pas
« celui qui attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l'architecte et le fondateur » (Hébreux 11/10)
Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort (Psaume 23)
Nous avons les uns et les autres, comme tous nos compatriotes été frappés par les évènements de la semaine dernière ! L'accablement et/ou la rage, l'effroi et le désarroi. Nous sentons bien qu'une fois de plus c'est un mode de vie auquel nous participons qui est mis en cause. Une société qui s'est construit avec un désir de liberté. Mais cette liberté vécue si souvent sans y prendre garde, comme un naturel qui nous est du, vient nous rappeler à quel point elle est fragile !
Nous ne sommes pas forcément d'accord avec tout ce que signifie ce monde libre qui se batît peu à peu ! La course effrénée à la consommation, le pouvoir manipulateur de l'image partout présente, le culte de la performance et la gloire du vainqueur ne sont en tout cas pas ma tasse de thé ! Nous avions bien compris en début d'année que c'est chacun de nous qui était touché et non des cibles très symboliques parce que étiquetées journalistes, juifs ou représentants de l'ordre public. Il en est ainsi et de même quand on s'en prend au tout un chacun dans son temps de fête, de partage simple et débonnaire avec les autres : chacun de nous se trouve atteint. Mais nous avions presque oublié, ou en tout cas fait comme si.
Il nous faut mesurer que ce vent de l'ombre et de la mort, d'autres y sont confrontés jour après jour, dans des pays et sociétés mis à feu et à sang, devenues invivables... Ce qui est venu frapper nous rappelle que ce n'est pas que chez les autres, et que ce dont nous vivions dans l'insouciance, avec égoïsme parfois, a une saveur plus forte que ce que nous ne le pensions.
Nous voilà atteints, et maintenant nous prenons la mesure que cette menace peut durer, que nous n'en sommes pas exemptés !
Le psalmiste nous conduit tout du long du Psaume 23 dans un chant étrange de la quiétude et de la sérénité des plus étranges... qui peut nous interroger. « Je ne manquerai de rien » et au fil du chant qui s'égrène, tout va bien pour lui ! En tout cas il semble. Ce chant de caravanier ou de pèlerin nous dit pourtant en creux tout ce qu'il faut affronter : le manque, l'aridité, les adversaires, et ici la traversée de l'ombre et de la mort !
les premières choses ont disparu (Apocalypse 21)
en écho au chant psalmiste l'auteur du rêve de la Révélation de Jésus-Christ nous affirme que les premières choses ont disparu, que la mort, le deuil, les larmes, l'effroi ne sont plus. Et pour lui à la fin de son rêve, c'est une proclamation : les premières choses ne sont plus ! Or, à sa manière, tout le livre de la Révélation nous dit le combat, les peurs, les souffrances, la violence ! Et c'est pour proclamer que les premières choses ont disparu. Pour ceux qui croient que le livre de l'apocalypse nous parle des temps derniers, lointains, il y a une vague esquisse d'un avenir qui n'est pas encore. Je suis de ceux qui tiennent qu'il ne s'agit pas de demain, mais que la proclamation est déjà notre contemporaine, et ce depuis le petit matin de Pâques.
La descente de la Jérusalem Nouvelle a déjà eu lieu (nous le chanterons à Noël, puis à Pâques), car l'Emmanuel (Dieu avec nous, Dieu avec les hommes) est venu faire résidence avec nous.
Et c'est au cœur de la tourmente qu'il vient projeter son rêve pour proclamer que la mort n'est plus...
Comment recevoir une telle proclamation ? Comment entrer dans cette vision radicalement inverse à ce sentiment qui nous touche, nous plombe ?
C'est précisément là que le centre de notre affirmation de foi vient à la rencontre de nos vie qui traversent la vallée de l'ombre et de la mort.
Nous sentons-nous à même de proclamer autrement que du bout des lèvres que Christ a vaincu la mort ? J'en doute un peu, même si nous le voulons, c'est presque au delà de nos forces et de ce que nous pouvons engager... de nous même...
Et pourtant, au début de son ministère, début de sa parole publique, Jésus s'élève sur une montagne, et y entraine un auditoire. Il leur dit :
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui sont miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! (Matthieu 25)
Heureux, ou Debout, ou En route, les doux..
Les doux ? Oui, ceux qui se font toujours marcher sur les pieds, ceux qu'on écarte, ceux que les violents et les brutes assaillent toujours : « ote-toi de là que je m'y mette »... les doux ! Toujours écartés de la possibilité de vivre en paix, toujours arrachés de l'endroit où ils voudraient vivre dans la quiétude...
Il leur est promis qu'ils hériteront la terre, qu'ils pourront l'habiter : ils ont une raison de vivre, non parce qu'ils sont victimes, mais parce qu'il n'y a de vraie vie sur cette terre que quand on se met dans le sillage de ce regard posé sur la vie. Regard qui nous laisse incrédule car non réaliste, regard insupportable pour ceux qui ne connaissent que la violence comme raison d'être et de vivre.
Contre toutes nos lucidités les plus raisonnables, les doux hériterons la terre, ils y seront les témoins de la vie.
Qu'ils ne restent donc pas prostrés comme des victimes, qu'ils ne se terrent pas comme si leur exclusion était actée, qu'ils vivent en prenant le risque de la douceur. Sans les doux, il n'y a pas de vie sur cette terre.
Quand aux miséricordieux, ce sont ceux qui aident la vie à surgir, ceux qui la rendent possible. Ceux qui osent construire un monde neuf qui sort de sa matrice. On nous dit souvent que les Protestants ce sont ceux qui résistent, voire qui s'opposent.. on ne sait même plus contre quoi ou contre qui...et chez nous on est tellement content d'être « réboussié »... Mais sur la Montagne, au milieu de ceux qui commencent à le suivre et à l'écouter, Jésus parle du monde neuf à faire naître !
Et croyons nous qu'il était moins violent le temps de Jésus ? Et croyons-nous qu'aujourd'hui l'horreur serait différente que celles de ce monde d'alors ?
Je crois vraiment que le propos de Jésus est comme une folie insensée, mais j'aime à y replonger... car il m'enseigne et aucun autre maître ne me dit de telles choses, insensées, mais qui ouvrent au sens de la vie, qui m'invite à tourner mon regard vers ce qui est essentiel !
Continuons notre parcours de ce matin par un retour à la proclamation de fin du rêve de Jean de Patmos, la vison de la Jérusalem Nouvelle !
Ses portes ne se fermeront jamais pendant le jour — or là il n'y aura pas de nuit. (Apocalypse 21)
« Nuit, nuit, tu me fais peur, Nuit tu n'en finis pas.. » chantait la jeune fille dans un vieux film à propos de son père alcoolique qui fuyait et qui lui volait sa vie.
Dans leur ubris, dans leur ivresse, les faiseurs de mort, les faiseurs de peur, viennent nous voler notre vie... la rendre invivable.
Ils sont la réalité concrète de la vallée de l'ombre et de la mort.. Ce qu'on appelle la nuit.. là où on se terre, là où se nichent nos peurs, nos angoisses, nos longues attentes sans souffle qui espèrent la vie mais ne savent si elles pourra advenir, ni si le jour viendra.
Et là dans la Jérusalem Nouvelle, on nous dit que les portes de la citadelle ne se fermerons pas le jour, ni jamais puisqu'il n'y a pas de nuit, puisqu'il n'y a pas de peur, puisqu'il n'y a plus le risque de ces voleurs.
Monde idéal ? Monde imaginaire ? Rêve pour fuir le réel ?
En partie sans doute, et le rêve de Jean de Patmos, dans son chaos relève un peu de cela : mettre en images une réalité violente insupportable... mais là dans cette proclamation de la Jérusalem Nouvelle il arrive au terme de son combat intérieur contre la peur.
Il proclame que le Ressuscité du petit matin de Pâques ouvre un horizon qui est pour nous aujourd'hui.
Mais qui veut le croire ? Ils avaient du mal au 1er siècle ; nous avons le même mal de croire ainsi au fond de nous, au 21ème.
Mais mes bien aimés, c'est pour cela que nous sommes invités à relire et revenir sans cesse aux Ecritures.
Pas tant pour y chercher je ne sais quelle morale à imposer au monde, qui pour y trouver le cheminement qui nous fait se confronter notre réel violent, et tout ce qu'il provoque en nous avec ce que signifie l'enseignement de Jésus le Maître, l'Emmanuel, Dieu qui fait résidence avec nous, témoin de la victoire déjà acquise de ce qui fait vivre sur ce qui fait mourir.
Pas sur que comme citoyen de mon pays, je puisse fonder mon propos sur celui-là, dans ce monde des réalités premières, qui sont bien là qui viennent fracasser ma porte. Pas sur que ce soit la lettre que je puisse avec conscience et raison envoyer à mon Président ou son premier ministre... Pour justifiées que puissent être les décisions prises en matière de sécurité, de défense, pour jsutifiés que soient les appels à la cohésion nationale, rien de ces mesures humaines ne me tournera vers ce qui me vient du Dieu présent dans ma vie.
Ainsi, malgré tout ce qui me fais vaciller, je relis le psaume 23
(Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort)
je n’aurai pas peur du mal car tu es avec moi (Psaume 23)
et je me dis que quand le Mal, la puissance de l'ombre et de la mort, la puissance du néant qui vient nous déshumaniser vient au cœur de nos vies, je suis invité à la confiance en la victoire de l'amour, de la vie, et en être témoin.
C'est ce dont nous pouvons être les témoins, les uns pour les autres, et pour nos concitoyens.
Je ne serais pas anéanti par le règne de la peur, car tu es là !
Amen !
PSAUME 23
Mon SEIGNEUR me conduit et me garde ; je ne manquerai de rien
Dans des contrées d’herbage il me fait m’étendre
Sur l’eau de la tranquillité il me fait me rendre Il me fait revivre
Il me conduit sur les sentiers de la justice pour l’honneur de son nom
Si je traverse la vallée de l’ombre et de la mort je n’aurai pas peur du mal car tu es avec moi
Ton bâton et ton support seront mon réconfort
Tu prépares pour moi la table en face de ceux qui m’agressent
Tu tremperas ma tête de parfums et ma coupe est plénitude
Il n’y a que le bonheur et la bonté pour m’accompagner tous les jours de ma vie
Et je demeurerai dans la maison de Mon SEIGNEUR à longueur de jours
Adaptation à partir des versions « Gloires » d’Henri Meschonnic et version œcuménique du psautier liturgique
Matthieu 5/1-10
Voyant les foules, il monta sur la montagne, il s'assit, et ses disciples vinrent à lui. Puis il prit la parole et se mit à les instruire :
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
Heureux ceux qui sont miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !
Apocalypse 21/1-4 ; 22-26
Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la Jérusalem nouvelle, prête comme une mariée qui s'est parée pour son mari. J'entendis du trône une voix forte qui disait : La demeure de Dieu est avec les humains ! Il aura sa demeure avec eux, ils seront ses peuples, et lui-même, qui est Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.
Je n'y vis pas de sanctuaire, car le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, est son sanctuaire, ainsi que l'agneau. La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour y briller, car la gloire de Dieu l'éclaire, et sa lampe, c'est l'agneau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire. Ses portes ne se fermeront jamais pendant le jour — or là il n'y aura pas de nuit. On y apportera la gloire et l'honneur des nations. Il n'y entrera jamais rien de souillé, ni faiseur d'abomination ou de mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits dans le livre de la vie de l'agneau.
Prédication du 24 novembre 2013 au temple de l'Oratoire
à l'occasion du Culte de la Cité
LECTURES : Exode 19/3-6 et Colossiens 1/12-20
Je vous ai portés sur des ailes d'aigle et je vous ai fait venir à moi. (Exode 19/4)
Libérés de l’autorite des ténèbres
Transportés dans le Royaume du Fils Bien-Aimé (Colossiens 1/13)
Nous venons de l'entendre : où se fonde toute notre espérance, à savoir dans la rencontre par laquelle le Crucufié-Ressuscité vient donner à ses amis l'assurance de la victoire sur la mort.
Pour l’apôtre Paul, c’est par cet événement que nous sommes radicalement libérés. Libres, pour des décisions libres et responsables.
Mais cette liberté ne saurait être un absolu, ni un but terminal, elle est le commencement d’une aventure, d’une relation rendue possible.
Libres, ils l’étaient devenus, les esclaves hébreux sortis de leur servitude, passés hors de la terre d’Egypte. Là aussi, il ne s’agissait que du commencement d’une relation. «Je vous ai fait venir à moi.»
Une sortie de servitude qui résonne comme une nouvelle naissance.
Une relation rendue possible, qui se vit avec l’espérance au cœur !
Sortie d’Egypte, sortie des ténèbres… c’est de l’agir de Dieu dont les textes nous portent l'écho : «Transportés dans le Royaume du Fils Bien-Aimé», «Je vous ai portés sur les ailes d’aigle».
Venir à Dieu, être accueillis dans le Royaume, c’est le commencement d'une relation faite de service, dans les deux dimensions indissociables que nous lui accordons, la liturgie et la diaconie. Le culte et l’entraide, la Louange et la Justice ! Voilà que s’esquisse, chemin faisant, la réconciliation avec Dieu, avec les autres et avec nous-mêmes !
En nous abreuvant à cette source, c’est un regard particulier que nous sommes appelés à porter sur nous-mêmes et sur le monde.
Et c'est ce regard qui nous porte à partager avec les hommes et femmes de bonne volonté ce qui rend possible une terre habitable.
La société où nous vivons n’est pas un pis aller, elle n’est pas en soi le lieu des ténèbres dont il faudrait se détourner ; bien au contraire, elle est le lieu où la Parole vivante nous atteint, nous relève, nous éclaire.
La société où nous vivons est celle-là même qui est invitée par vocation à sortir du pouvoir des ténèbres, de la fatalité, de l’anéantissement, de tout ce qui déshumanise. Elle est le lieu où vient retentir la protestation que Dieu émet pour l’homme, en faveur de l’humain.
C’est là que nous sommes invités à vivre l’espérance, et à en être les témoins.
Protestation pour l’homme, qui appelle une protestation pour Dieu.
Contre toutes les idoles, contre les contre-façons, contre toutes les idoles, contre les tentations de prendre pour divin ce qui n’est qu’humain, contre les seigneuries qui veulent abusivement s’emparer de nos vies.
Et de façon souvent non religieuses en apparences, il ne manque pas de nouvelles sacralisations, y compris une certain forme d’auto - célébration de l’homme pour lui-même en un nombrilisme ou un narcissisme qui ne peut que nous mener vers la détresse et la résonnance en boucle du néant.
Ainsi, cette double attestation, pour Dieu, et pour l’homme, est-elle une, sans confusion ni distinction, et elle nous invite à une parole publique, pour dire, pour proclamer l’espérance dans l’espace public.
Un débat géographique est en train de se lever dans notre pays pour savoir où est l’espace public, et où l’espace privé ; de sorte qu’on puisse assigner les religions dans la seul sphère privée [il ne resterait ainsi que l'alcove ? Et encore !] par je ne sais quelle injonction de se terrer muettes et coites dans la sphère publique...
Nous ne saurions agréer cette conception de la laïcité, même si nous pouvons entendre l’avertissement à la sagesse et l’humilité que l’histoire nous adresse.
Cette notion de sphère publique ou sphère privée ne figure pas dans la Loi de 1905. Elle n'en est qu'un commentaire, nouveau lieu commun souvent utilisé à l'encontre même de cette belle loi de liberté.
En 313, soit il y a 1700 ans, l’Empereur Constantin accordait le rescrit de Milan, soit rendre licite l’exercice du culte chrétien.
Il faisait sortir le christianisme d’une éprouvante persécution, mais également de ces périodes beaucoup plus longues dans l’histoire de l’Empire romain où le christianisme, sans être licite comme religion publique à l’égal des autres, était bon an mal an toléré comme une affaire privée.
Ce faisant commençait par retour de balancier ce chemin qui allait porter, avec Théodose sept décennies plus tard, le christianisme «tel que le confesse l’évêque de Rome» au statut d'unique religion admise dans l’Empire. Et ce long chemin où la chrétienté s’est fourvoyée en occultant la puissance subversive de l’Evangile, pour la mettre au service des puissants de ce monde. Quand elle ne s’est pas fourvoyée en voulant en imposer aux puissants de ce monde, s’emparant ainsi de l’autorité de Dieu pour des intérêts particuliers.
Quand Paul nous dit que «trônes, seigneuries, principats et autorités ont été créées par lui et pour lui», cela signifie que nous ne conférons aucune sacralisation à ce qui relève comme chacun d’entre nous de l’état de créature humaine. Les principats, les pouvoirs ont comme légitimité de rendre possible la vie humaine en société, de tendre vers la justice et la paix ; mais leur légitimité se fonde et se vérifie dans ce qu’ils mettent en œuvre, et nullement dans une auto-fondation.
Le discernement nous invite à être vigilants quant à la vie publique et la façon dont les Eglises y prennent place. Assurément, l’espace de la délibération politique ne saurait fonder ses décisions sur les critères religieux (et c’est liberté pour les pouvoirs publics, et c’est liberté pour les proclamateurs de l’Evangile). Mais l’espace public, comme agora, lieu des échanges, lieu de la vie ne saurait être interdit aux expressions de foi ou de convictions. Ce serait une aseptisation des liens humains, une éradication de ce qui est une des richesses du patrimoine humain. Et ce que nous revendiquons pour nous, nous le revendiquons pour les autres.
Au demeurant, quelle folie que croire qu’on puisse faire taire l’élan spirituel et le cantonner dans je ne sais quel parc grillagé ou muré ! On ne fait pas taire l’espérance en actes ! Pour ce qui nous concerne, parce que notre confiance est en Dieu, nous vivons et partageons cette espérance au cœur même de nos engagements dans le monde, et qui pourrait empêcher l’écho de cette espérance de faire résonnance avec les attentes et préoccupations de nos contemporains ?
La Parole chrétienne n’a pas à se substituer aux hommes et femmes qui font les lois, qui les élaborent… mais dans notre diversité, il nous appartient d’être les témoins vivants d’une Parole qui accorde place privilégiée aux plus petits, aux plus faibles, qui relève celui qui était tombé, qui appelle au respect de la parole de l’autre, qui invite à se réjouir de la dignité de l’autre : une Parole qui vient nous délivrer de nos peurs, de nos exaspérations, qui nous invite à considérer
tout être humain comme aimé par Dieu.
A ce titre, nous rejetons toute forme de racisme, de xénophobie.
Cette Parole assurément est Parole de liberté.
Aucune instance humaine ne saurait nous dire là où cette Parole est légitime, et là où elle ne le serait pas.
Dans la confiance et l’espérance, avec les autres, nous voulons poursuivre notre combat pour une Eglise qui soit rencontre des égaux, espace de liberté, école de responsabilité.
AMEN
A-t-on jamais vu quiconque adresser à ses amis ou connaissances de mauvais vœux,
emplis de fiel, souhaitant échecs, désillusions tragiques, déchirements, abandons, inimitiés,
poisons, douleurs, insuffisances, tracas, itérations en boucle de tant de mauvais sorts pour
nous précipiter dans l'enfermement et la tourmente du pouvoir du néant ?
A ce que j'en sais, ça je ne l'ai jamais vu !
Et tel ne sera pas mon propos (vous voilà rassurés ?) ! Bien au contraire.
Fréquemment me viennent à l'esprit tant et tant de vos visages,
images de moments passés, furtifs ou plus durables, non pour la nostalgie,
mais pour la reconnaissance.
Car rien de ce que je deviens ne l'aurait été ni ne le serais sans vous.
[«Et si c'était à refaire, je referais ce chemin-là» (Louis Aragon)]
Dédicace : Amis d'Alès, des Cévennes et d'ailleurs, au fil des rencontres reconnus, du
scoutisme unioniste, camarades des premiers combats comme de ceux d'aujourd'hui,
partenaires de mes nombreux engagements encore inachevés (politiques, syndicaux,
associatifs), témoins de mes espérances comme de mes indignations,
mendiants exigeants du sens de la vie, frères et sœurs des communautés chrétiennes qui
m'ont accueilli comme pasteur pour plusieurs années ou pour un court passage : Coutach,
Comminges, Gers, Uzège et Lussanais, Cévennes Viganaises, Saint-Jean du Gard-Mialet,
Centre et Nord Hérault, Montpellier, Nîmes, Entre Schistes et Granits, Sommiérois -
Vaunage et Nîmes à nouveau désormais,...
(vous pouvez compléter la liste à votre guise et cocher les mentions qui vous concernent).
Sans oublier ma famille ni la femme que j'aime et qui partage ma vie depuis 3 ans et demi !
Je viens en ce jour dire du bien sur vous, dire du bon pour vous,
du bien, du bon, du juste, ce qu'il fait bon de partager,
pour chaque jour de l'année comme pour après (pourquoi se limiter ?)
Car nous voilà dans un temps ouvert à l'espérance
qu'il fait bon vivre contre les apparences emplis de confiance
ni meilleur ni pire qu'auparavant
Tout simplement le maintenant qui nous attend
page à écrire qui requiert notre engagement qui a besoin de nous.
En partage, provision pour la route, ce beau texte que j'aime à lire et méditer :
Il y a deux pouvoirs dans le monde :
Le pouvoir de celui qui prend une tunique et le pouvoir de celui qui se laisse dépouiller
le pouvoir de celui qui a tout et le pouvoir de celui qui n'a rien
le pouvoir de celui qui porte les armes et le pouvoir de celui qui garde les bras ouverts.
Il y a deux pouvoirs dans le monde :
le pouvoir de la force et le pouvoir d'aimer.
(Pasteur Henri Lindegaard)